Un bon horloger perd l’aiguille
D’un vieux coucou à réparer
Mais en perdant sa belle aiguille
C’est le temps qu’il a égaré
Le temps perdu il perd la tête
Sans son tic-tac qui n’est toqué ?
Aux carreaux frappe une fillette
Il la regarde interloqué
Elle a trouvé cousant l’aiguille
Dans son joli panier d'osier
Elle vient la rendre l'aiguille
Sans malice et sans sourciller
Sous les foulards dans les chaussettes
Tremblante l’aiguille est logée
Et supplie la fillette honnête
"Sauve-moi je veux voyager"
Tic tac tic tac
Dit l’horloge il faut un refrain
Coucou fait le coucou
Gentil comme tout
Mais l’horloger perdant patience
Perd aussi le nord et l’esprit
Il crie « Aiguille as-tu conscience
Est-ce ainsi que l’on se conduit ? »
« Comment ? » fait l’aiguille en colère
« J’ai bien le droit de voyager »
« Oui, bien le droit » s’écrie amère
La fillette de l’horloger
Car c’est sa fille on le découvre
A cet instant si étonnant
Et la fille s’enfuit au Louvre,
Au Louvre, oui, en chantonnant
Et l’horloger perdant sa fille
Qu’il venait juste de trouver
Anxieux boit du vin de Manille
La nouvelle l’a éprouvé
Tic tac tic tac
Dit l’horloge il faut un refrain
Coucou fait le coucou
Gentil comme tout
Pendant ce temps sourire aux anges
Sa fille parcourt les musées
Elle découvre Michel-Ange
Et Giotto. Toute médusée,
Elle prend ça pour des horloges,
Tous ces tableaux aux coins carrés
Elle ne tarit pas d’éloges
Pour Dali aux coucous tarés
Mais en voyant Big Ben à Londres
La nostalgie s’est réveillée
Pour son père elle se sent fondre
Et en anglais se dit « Oh yeah ! »
Au fond de son panier l’aiguille
L’aiguille lui dit de rester
Elle s’en fout de l’aiguille la fille
Et l’aiguille a beau protester
Tic tac tic tac
Dit l’horloge il faut un refrain
Coucou fait le coucou
Gentil comme tout
Cette histoire était trop morale
Et la fin ne convenait pas
Alors bon la fille en cavale
Rencontre un Prince sur ses pas
Un milliardaire un peu poète
Gentil tendre et un peu parfait
Très joli et pas du tout bête
Dont le renom n’est pas surfait
Il ne boit pas jamais ne fume
Ne répare pas de coucou
Il adopte l’aiguille on présume
Au lieu de lui tordre le cou
Tout finit bien tout est en ordre
Et l’horloger peut bien brandir
Un peu saoul le nez en désordre
Sa bouteille, on peut l’ applaudir.
Didier PRAT,
fini le 3 septembre 1997